Dessiner les yeux fermés

Depuis bientôt vingt ans, Sylvain Sorgato s’en tient fidèlement à la même méthode : les dessins qu’il réalise quasi quotidiennement sont tous exécutés les yeux fermés, puis soulignés d’un commentaire en Anglais.

 

Un jour, par jeu, et comme Matisse l’avait fait en son temps, Sylvain Sorgato s’est retrouvé à dessiner les yeux fermés.

Pour cet ancien étudiant en art, cette expérience fut une illumination, une révélation. « Cela m’a rendu le dessin possible », dit-il « car le dessin les yeux fermés n’est pas l’effet d’un talent ni d’une bravoure graphique ». Depuis cette découverte, il a adopté cette méthode et produit dès lors, en moyenne, quelque 600 dessins par an.

Ses dessins, Sylvain Sorgato les exécute au feutre sur les pages de son carnet, n’importe où et de préférence dans des lieux apparemment inappropriés, comme les transports en communs par exemple. C’est une idée puisée dans l’Histoire de l’Art, dans l’observation de la société, ou provoquée par une émotion, qui guide sa main aveugle. Le dessin est saisi très vite, parce qu’il doit tenir de l’étincelle et que l’image mentale dont il procède est par nature fugace.

Aujourd’hui, la tablette graphique est venue compléter le carnet, les dessins devenant ainsi des fichiers informatiques qui peuvent être colorisés. Une formule, un sous-titre, une légende éclaire. En Anglais toujours, dans un « broken English » non académique. « Je m’autorise ainsi à faire des fautes, ce que je ne supporterai pas en Français, et cela m’amuse de piquer l’ Anglais du commerce pour le restituer à la poésie ».

Les traits d’humour de Sylvain Sorgato sont légers, et aussi vifs que le déclic de nos paupières qui, en un éclair, désembue notre regard.